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Jugurtha

Roi Jugurtha

Dans “Jugurtha”, Marcello-Fabri nous montre les coulisses du drame que vit « Jugurtha« , roi de Numidie vers 118-105 Av. J-C., mort en exil dans une prison romaine, après avoir voulu défendre son Royaume. Chaque personnage révèle son caractère, peint avec précision. Le texte est concis, rapide, la progression dramatique ne faiblit pas, la ruse, la fourberie ou la diplomatie des personnages sont admirablement décrits-c’est une vraie tragédie.

Là nous sommes en plein dans le mythe, dans le contexte initiatique où la ruse est une loi, un moyen parfaitement licite et même recommandé pour arriver à ses fins.

Jugurtha ” fut édité à “ l’Age Nouveau” en 1951 et réédité à la Porte du Sud3 en 1993. Cette tragédie illustre les cycles éternels des civilisations auxquelles Marcello-Fabri s’est de tout temps intéressé.
En 1950, elle est passée sur les antennes de la Radiodiffusion française, adaptée par Henri Hagel et a été interprétée à la Galerie Devêche par des artistes de la Radiodiffusion.

Roger Lauran, metteur en scène

La Folie de l’Homme

la folie de l hommeLa Folie de l’Homme est un extraordinaire ballet parlé, chanté, où la Philosophie, la Poésie et le Romantisme se croisent donnant vie à un conte fantastique, merveilleux scénario pour un film aux effets innombrables. Je pense que dans “ La Folie de l’Homme ”, l’auteur nous laisse son message philosophique où nous voyons tous les sentiments de l’Homme s’exprimer, qu’ils soient petits ou grands, au travers des personnages incarnant le mal ou le bien, qu’ils soient individuels ou en choeur. C’est, je crois, la force principale de ce conte fantastique qui fût publié en 1919 et réédité en 1946 au Mercure de France.

Ludolf Child, maître de ballet et danseur célèbre a commencé la chorégraphie de « La Folie de l’Homme« , chargeant Raymond Gallois, directeur du Conservatoire National de Musique de Paris, d’en composer la musique. Pendant les répétitions, le chorégraphe meurt d’un cancer. La scénographie n’a pas été reprise.

Roger Lauran, metteur en scène

Le Génie Camouflé

Lugne Poe

En janvier 1925, au théâtre de l’Œuvre, était créé “Le Génie Camouflé” dans une mise en scène de LUGNÉ POE, l’apôtre du symbolisme, le découvreur de Claudel, d’Isben, de Maeterlinck, nous pensons que cette comédie fut l’occasion pour ce grand metteur en scène de s’amuser.

En mai 1947, au théâtre de l’Humour le Groupe Art Moderne, la jeune compagnie que nous avions fondée, Jean Mercury et moi, nous nous installions dans ce charmant Théâtre rue Fontaine pour présenter “Le Génie Camouflée”. A cette époque, nous étions jeunes ou plutôt encore jeunes et pleins d’ambition, pour nous, il fallait des auteurs sortant des thèmes habituels, c’est pourquoi, nous avions choisi “Le Génie”.

A la relecture aujourd’hui, je dirai que c’est une pochade pour se distraire : un compositeur de musique modeste, une épouse ambitieuse et quelques autres personnages autour.

Voilà le thème :

Qui est le Génie ? Celui ou celle qui manipule l’autre dans le couple ? Sommes-nous en présence d’une marionnette ou d’une ambitieuse ? La réponse n’est pas dans le texte mais chez le spectateur.

C’est l’époque de toutes les tentatives, de toutes les audaces qui ne durent parfois qu’un soir…

Rene Ghil

René Ghil, poète, essayiste, son ami et collaborateur fidèle de la Revue de l’Epoque, présentait Pantoun-Pantoun en franco-javanais par amour pour la javanaise rencontrée à l’Exposition Universelle. Pour 3 soirées, Guillaume Apollinaire avec “les Mamelles de Tirésias”, voyait sa pièce assassinée, en une seule soirée sous les huées du public etc. C’était une époque de bouillonnement culturel intense, de tentatives provoquantes où, déjà, le théâtre comme la poésie, sortaient des lieux habituels.

Roger Lauran, metteur en scène

Les deux revues parisiennes

« Men are to be », Marcello-Fabri

Survol rapide des deux revues bimestrielles fondées à Paris, deux in-quarto classiques de 128 pages où il a accompli avec ses collaborateurs parisiens et algériens, un travail énorme en faveur de la culture naissante d’Afrique du Nord. Il a été le premier avec La revue de l’Epoque à le faire, je regrette qu’on l’oublie trop souvent.

DANSEURS REVUES

« La revue de l’Epoque » (1919-1923) au 3, avenue de la Bourdonnais, dans le 7e arrondissement, « L’Age Nouveau » (1938-39) au 86 rue d’Assas dans le 6e arrondissement, sont une mine de renseignements sur les courants littéraires de l’époque où plongent les racines de l’oeuvre de M. F. et de ceux dont il rend compte, artistes, qu’il aime ou non, de l’avant guerre à l’entre deux guerres.

En effet, nous sommes en présence d’un Parnasse prolongé, du Symbolisme, du Surréalisme qui n’est encore qu’une chapelle et qui emportera tout sur son passage, et d’une littérature qui milite pour le Real Socialisme – Un exemple : celui d’Henri Barbusse, qui plonge dans le symbolisme, puis transposera sa révolte sur le plan politique (il mourra en URSS). Il suit sa trajectoire. Comme il suit celle d’un Picabia, des dadaïstes, puis des surréalistes. Rageur, outré, mais honnête intellectuellement.

Pierre Cochereau

En musique, par exemple, il dira que Sati, le scandaleux, a mit une machine à écrire dans l’orchestre. Il aime Francis Poulenc, Darius Milhaud, Albert Roussel. Il veut sortir l’orgue, son instrument préféré, des lieux sacrés et imagine un orgue portable. Pierre Cochereau, titulaire des orgues de Notre Dame de Paris, réalisera un orgue portatif, pour les concerts et pour les amateurs.

Dès le n°4 de « la Revue de l’Epoque », avril 1920, est imprimé le « Manifeste du Synchronisme » et c’est la voie qu’il poursuivra envers et contre tout.

Nombreuses discussions littéraires, analyses poétiques – La poésie doit avoir une base, la philosophie, le concept. Il se méfie de l’inspiration autant que Paul Valéry qui écrit de courts textes dans « L’Age Nouveau » dans le style de ses « Variétés ».

Il milite pour les Etats-Unis d’Europe et pour un roman européen. Il envisage l’importance de la langue anglaise parlée par tout le condominium dans ce domaine.
Il cherche une nouvelle voie au Roman car la multiplication des personnages à la Romain Rolland ne mène à rien de nouveau – Il est pourtant admiratif de son oeuvre – ou trop de psychanalyse dans le roman, dévoiera celui-ci dans le pathologique. Nous y sommes en plein.

Il propose  « l’Inconnu sur la Ville » , ce roman étrange baroque, des entités à la place des personnages, qu’il a présenté pour le Goncourt. Il lui a manqué deux voix. Il crée  « le Prix de l’Age Nouveau » pour de jeunes artistes, avec Cocteau, Léon Paul Fargue et quelques autres dans le jury. Détails savoureux sur les réunions et les remises de prix – trois ou quatre-

« La Revue de l’Epoque » est rythmée par les poèmes des écrivains algériens Albert Tuste, Alfred Rousse, Abdelkader Fikri, Jean Richepin (célèbre pour son recueil “la Révolte des Gueux”), Jean Pomier, des inédits de Jean-Paul Toulet, parce qu’un lecteur, magistrat à Oran, je crois, lui fait savoir que ce dernier a passé une partie de sa vie en Algérie.

Les français d’Algérie écrivent. C’est cru et savoureux.
Ses amis et collaborateurs à Paris sont les symbolistes, le célèbre Hans Ryner et toute l’équipe de la Plume, revue d’avant-garde, Sébastien Charles le Conte, Marc Georges Mallet, Nicolas Beaudouin, philosophe psychanaliste à Genève et rédacteur en chef de « la Vie des Lettres », Paul Fort, animateur des entretiens poétiques de « la Closerie des Lilas » etc…

Il croit en la mondialisation, mais à condition de lui imposer des limites car le danger est la pieuvre mortelle du Haut-Capital, fiduciaire, invisible, dispensateur de chômage et de misère et qui toujours, d’une guerre à une autre renaîtra de ses cendres.
Dossier, d’actualité, sur le chômage et le fait que les travailleurs se retourneront sur le seul capital industriel qui est leur nécessaire instrument de travail alors que c’est le Haut-Capital le responsable. Il le dit, le sort de l’Occident et de sa culture y sont liés.

Les dossiers dans les deux revues sont littéraires, sociaux scientifiques, sur le plan français et international.

Tous les problèmes évoqués sont restés d’actualité, le rôle des intellectuels, en politique; l’importance de la psychanalyse, les premiers écrits traduits en français de Freud datent de 1921; l’indignation contre la commercialisation de l’art : édition et théâtre.

Aussi, avons nous de nombreux compte rendus sur les Pitoëff, Gaston Baty, Louis Jouvet, Charles Dullin qui ont fondé le Cartel des Quatre pour lutter contre sclérose et commercialisation du théâtre. Gaston Batty a mis en scène Prosper de Lucienne Favre, une pièce en 13 tableaux sur la Casbah.

Nous suivons Dullin au théâtre du Vieux Colombier fondé en 1913 par Copeau, les pièces des auteurs contemporains : Charles Vidrac, Martin du Gard… Dossiers.

Dullin prend la direction du théâtre des Champs Elysées et Marcello Fabris s’émerveille de l’originalité des Ballets Suédois dont nous avons vu une série de photos à l’intérieur de l’Exposition « l’Ecole de Paris » au Musée d’Art Moderne, l’année dernière (2000).

Le penseur de Rodin

Et puisque nous parlons peinture, je saute à « l’Age Nouveau » où les reproductions des peintres et sculpteurs rythment, cette fois, la revue à la place des poèmes. Celles de A. Ferrando, Gaudissart, Famin, Aglietti, Paul Belmondo, dessins de Robert Randau.
Compte rendu des nombreux salons de peinture dans les grandes villes algériennes et à Paris. Les peintres et sculpteurs Zadkine, Rodin y figurent, bien sûr.

Les collaborateurs sont R. Randau, Abdelkader Fikri, André Tabet, Paul Achard qui fera une brillante carrière à Paris tant sur le plan littéraire, théâtral, cinématographique, que sur celui des responsabilités institutionnelles. Jean Pomier fondera en 1924, la revue Afrique et, dans son n°4 d’octobre 1924, le mouvement algérianiste.

Il redoute, tout comme M. F., dont il reste le collaborateur, une régionalisation du mouvement littéraire algérien qui doit être, il le spécifie bien, un courant de la culture française sous risque de ghettoïsation.

Compte rendu des revues qui paraissent dans le Maghreb, de la FATI créée en 1938 avec Augustin Ferrando – qui a permis de sauver l’artisanat autochtone, du livre d’Isabelle Eberhart « Dans l’Ombre chaude de l’Islam » et de « Pépéte le bien Aimé », de Louis Bertrand, livre qu’il trouve excellent alors qu’il n’aime pas son oeuvre.

Dans une de ses dernières revues, il rend hommage à André Gide, le place à côté de Gorki, Ramuz, Jean Gueheno et Jacques Samaritain “parce que ces hommes ont placé au dessus de leurs propres vies, les exigences d’une conscience libre”. Et devant cela, le penseur libre qu’est Marcello Fabri s’incline toujours. C’est une des raisons essentielles pour les quelles je me suis attachée à son oeuvre, parfois, inégale, sauf en poésie où il est la plupart du temps, très grand.

Dans sa rubrique “Pacifisme” – il défend son ami Jean Giono contre Jean Paulhan, alors même qu’il sait que Giono se trompe. Il est fidèle, totalement à ses amitiés. Pour comprendre l’importance du courant pacifiste, il faut se rappeler, l’imbécile, ignoble boucherie que fut la guerre de 14. Barbusse a fait scandale en la dénonçant dans “l’Enfer” et le Prix Goncourt pour “le Feu”, également. Langue admirable.

En juillet 39, dans sa dernière revue, M. F. aura présenté l’essentiel, à peu près, des courants littéraires français et étrangers, en anglais et en italien, en allemand suivant les artistes concernés – Il songeait au russe à d’autres langues européennes. Il a des relais dans le monde entier. Lui même écrit sous sept pseudonymes.

Dans la rubrique “Interpénétration des Cultures”, il a rendu hommage aux minorités culturelles, comme ce dossier sur les écrivains et poètes de Malte par Laurent Ropa, bien connu des Maltais ici présents. Synchronisme oblige, il n’a hésité à écrire un article qui a choqué “Tuez les tous par mesure prophylactique”. Il s’agit d’Hitler, de Staline, de Mussolini et de leur idéologie : nazisme, fascisme, communisme, qu’il a analysé dans d’autres revues. Le ton est d’une tristesse désespérée. Il rend hommage à l’action ou à l’oeuvre de ses collaborateurs ou amis –

La note d’espoir est dans le compte-rendu du recueil anthologique “Méditerranée Nouvelle”, publié par la Société des Ecrivains de l’Afrique du nord. Il donne la liste par ordre chronologique, des principaux auteurs méditerranéens d’Afrique : Jean Amrouche, poète Kabyle de race, professeur au Lycée Carnot à Tunis etc…

La devise de Marcello Fabri : “ Men are to be ”, “ les hommes sont à devenir ”, inscrite sur les pages de couverture de ses deux revues, témoigne de sa ferveur sur l’homme, son unique religion, de sa lucidité – il a connu deux guerres – de cette volonté sans faille, de porter un message de confiance et d’espoir.
“Malgré tout, l’humanité sera. Elle a attendu si longtemps, elle peut encore attendre avant de monter dans le Char du Soleil(…) Hommes de l’Avenir, soyez des orgueilleux”.

Simone Rinaudo
  Août 2001
  (colloque, à la Mairie du 6e, du 17 mai 2001)