Les principaux mythes et symboles de l’oeuvre de Marcello-Fabri (texte résumé, se reporter au dossier de Marcello Fabri, poète dans le livre “ Algérie, ses langues, ses lettres, ses histoires ”.(d'afifa Bererhi et Beida Chibahi, ed. du Tell 2002)
Le mythe de la figure prophétique

“Ce que je crois est vrai” nous dit Marcello-Fabri – Oui, les mythes sont nous-même, grand est leur pouvoir puisqu’un héros ayant existé, tel Jugurtha, peut le devenir ou le personnage d’un roman, celui de l’Inconnu sur les Villes, sous titré le roman des Foules Modernes, une noble figure de savant humaniste. Ou, enfin, les grands prophètes à l’origine de nos religions depuis le commencement du monde, nobles passeurs des foules de la Terre et des Miraculés, qui les suivent, au dessus des gouffres où elles échappent, en partie, à la perdition – mais ce sont parfois des antéchrists, destructeurs de millions d’hommes – Cette figure est, au coeur de chaque moment du cycle guerre – paix – révolution que Marcello-Fabri développera dans ses revues.

Le mythe de la chair et de l’esprit, de l’âme

Le combat de la chair avec l’esprit, avec l’infini qui parvient à façonner en l’homme “l’esprit – roi” est effort, recherche sur soi-même, procédés d’investigation continu. Le fini et l’illimité coexistent parfois, au delà de tout dualisme chez Marcello-Fabri.

Son travail sur le langage poétique est chargé de traduire la lente métamorphose d’un panthéisme naturel vers le triomphe de l’esprit – En lui est la plénitude et la sérénité que Marcello-Fabri a trouvées à la fin de sa vie, notamment dans ses derniers poèmes, où l’on sent bien que son monde intérieur n’est plus que la métaphore inversée du monde extérieur.

La chair est-elle le lieu de naissance de l’esprit? Un point de convergence? Et l’âme?

La réponse est dans le  » Roman de l’âme « que Jamil Hamoudi (voir Marcello-Fabri vu par ses amis) compare, dans un essai, au poème d’Avicenne, le  » Poème de l’Ame « , sur le même sujet.

 Les mythes heureux de la terre, de la mer, d’Alger

Alger, c’est à la fois le port, donc, l’abri, ouvert vers le large, d’où il part, quand il le souhaite, et le lieu où il revient toujours, pour refaire ses forces. Et cela, c’est le symbole de l’Ile, avec ses diverses connotations. Un de ses recueils de poèmes de 1946 s’appelle De l’Ile déserte où “les âmes portent plainte à Dieu, sans syndicat”

Le symbole de l’Ile se retrouve dans la tradition greco-latine – c’est l’Age d’or où l’homme aime à l’égal des dieux, d’une sensualité forte et innocente – dans la tradition musulmane où il est le centre spirituel, le paradis étant le Jardin, et nous avons, en effet, comme corollaire de l’île, le jardin, dans ses poèmes et, surtout, dans ses romans.

Dans la civilisation chrétienne, le paradis est perdu, Adam et Eve ont choisi l’arbre de la connaissance et, avec celui-ci, toutes les angoisses de la condition humaine. C’est dire que nous allons avoir des îles bien différentes même si cet élément matière, entre ciel et mer, reste cet abri d’un espace-temps à notre mesure et, par conséquent, sans menace sur nous. Marcello-Fabri passera de l’une à l’autre, sans jamais choisir, en un jeu savant de brillants métaphores. Le rythme des vers suit la coloration de ses états d’âme.

En fait, ces lieux imaginaires ne le combleront jamais. C’est sur un plan supérieur, celui d’un idéal spirituel qu’il rejoint les hommes dans un grand rêve de fraternité.

Et là c’est le Grand Plan; son utopie culturelle, au service de son idéal philosophique, dont la première étape est la création de son second journal, l’Age Nouveau. Ce sera d’ailleurs la seule, la mort le frappera en 1945.