Recueils

Marcello Fabri, Paysages d’Alger, par Mario Faivre, éd. Porte du Sud 1991, réédité et enrichi en 1998, éd. Santa Maria.
La révélation de l’œuvre « peinte » de Marcello-Fabri, son amitié généreuse envers nombre de peintres d’Algérie dont Augustin Ferrando donne à la prodigieuse créativité du poète-romancier, dramaturge, essayiste, une dimension culturelle multiforme à laquelle s’ajoute la direction de deux journaux.
Une biographie du peintre et l’évocation de l’ensemble de son œuvre, écrite par son fils, Mario Faivre ponctuent l’ensemble et fait revivre l’univers intellectuel et culturel de l’époque.

Rivages d’Algérie, éd. Santa Maria 2000
Textes et illustrations choisis par Simone Rinaudo
Mini anthologie (10 auteurs) d’une époque essentielle mais pratiquement inconnu, de 1920 à 1950 environ, ouverte sur la littérature Maghrébine d’expression Française. Illustrations par neuf peintres. Textes de Marcel Henri Faivre, Jeanine de la Hogue et Simone Rinaudo.

C’est un livre d’amitié, d’espoir, de souvenirs heureux et posés 
comme tels, même si certains écrivains ont vécu plus terriblement que d’autres, l’aspect douloureux du drame algérien. De toute façon, cette lecture se fera pour la plupart d’entre nous, quelle que soit la force d’amour des souvenirs évoqués, sur un mode mineur, celui de la mélancolie.
C’est un livre d’échanges fraternels entre Marcello-Fabri, peintre, poète, écrivain, mélomane, directeur de deux revues, arches d’alliance entre les deux pôles intellectuels Alger-Paris et ses amis peintres, poètes, écrivains, musiciens, français, arabes, kabyles, nés en Algérie française.
Nous présenterons des extraits de son œuvre et de celles de Paul Achard, Edmond Brua, Rose Celli, Mohammed Dib, Abdelkader Fikri, Mouloud Feraoun, Robert Migot, André Tabet, Jean Pomier, Robert Randau. Des peintures d’Augustin Ferrando, créateur avec Marcello-Fabri de la FATI (Fédération Africaine des Travailleurs Intellectuels), d’Armand Assus, des Abd-el-Tifs comme Marius de Buzon, Camille Leroy, Pierre Braudel, Pierre Farrey, Georges Le Poitevin, seront une ponctuation de charme dans le déroulement de ces pages. Ces artistes se retrouvaient entre eux à Alger, au Mont-Hydra, la maison de famille de Marcello-Fabri et de Geneviève son épouse, ou dans leur appartement parisien du 86 rue d’Assas, dans le 6e arrondissement. Geneviève Marcello-Fabri partagera discrètement mais totalement l’œuvre de son époux. Au cours de mes recherches j’ai retrouvé fidèlement son nom associé à celui de leurs amis, dans diverses circonstances.
Après la mort de Marcello-Fabri en 1945 elle continuera l’édition d’écrits posthumes, de la revue "L’Age Nouveau", tant que ses forces le lui permettront, jusqu’en 1974, deux ans avant sa mort. Les œuvres principales de Marcello-Fabri seront rééditées durant les années 80 à 98 : "Les Chers Esclavages", 1989 ; "La Force de vivre", 1990 ; "Jugurtha", 1993 ; "Paysages d’Alger", 1991, aux éditions de la Porte du Sud. Ce dernier livre sera réédité en 1998 aux éditions Santa Maria, d’où sortiront, la même année, "Iles, fil d’Ariane", un essai de présentation de l’ensemble des créations de Marcello-Fabri. Dès 1919, Marcello-Fabri a fondé à Paris, sa première revue, "la Revue de l’Epoque", déjà animée par ce dessein majeur prophétique : œuvrer au rapprochement des artistes nés en Algérie avec ceux de la métropole, pour une meilleure connaissance et compréhension de ce qu’était l’Algérie française intellectuelle, son désir d’évolution en fonction des circonstances. La marche est longue. Aujourd’hui connaître, comprendre sont une nécessité de part et d’autre des deux rives de la Méditerranée.
L’Algérie et la France ont une culture et un passé communs. Que fut réellement cette civilisation méditerranéenne ? Des chercheurs, des universitaires français s’y consacreront, la plupart ayant vécu en Algérie, avouant pourtant avec sincérité leur surprise face à une vraie création artistique ignorée du temps où elle se créait. Mais ces voix qui continuent à nous parler par-delà les violences et les simulacres de l’histoire nous requièrent tous. Nous parlons ici d’une période débutant vers 1909, date des premières publications poétiques de Marcello-Fabri (Marcel Louis Faivre), né à Miliana le 17 juin 1889. Elle ne s’achèvera pas avec sa mort au Mont-Hydra en décembre 1945. Elle pousse ses floraisons à ce jour et dans ce livre, grâce à ses amitiés, d’où un extrait d’un poème dttérature, c’est qu’en dépit de leur race, de leur religion et de leur langue d’origine différentes, ils ont tous communiqué leurs sentiments les plus profonds, l’amour de leur terre, en une même matrice : la langue française. Et en un acte de fidélité qui les signe et les singularise sans les figer dans leur évolution.
C’est un livre sur la musique, celle des mots, celle des sons, autre matrice commune, voie que je souhaite évoquer, sans vouloir la développer - ce n’est pas l’objet de ce livre - mais sa place y est essentielle. La musique est comme une invitation à approcher de façon différente la démarche des écrivains, la pensée y est mise en sons. Certaines œuvres musicale de Marcel Henri (Mario) Faivre, fils de Marcello-Fabri, sont un fil conducteur dans la connaissance des éléments de la création artistique. Ses Arabesques, les Quintettes de Tipasa, le Quatuor n° 2, simples évocations de la musique arabe dans son mode diatonique sont aussi un chant d’amour à la terre d’Algérie, tendu vers l’avenir. Marcello-Fabri n’a-t-il pas écrit, dès 1940, dans "Regard sur le destin des arts": "Par la musique une forme d’art s’épure pour mieux rejoindre l’indicible des états d’âme, permettre à nos instincts divergents et à nos sens complémentaires de s’épanouir, entrevoir les hantises du mieux, et celles de l’intense devenir, suggérer les hallucinations de l’ailleurs et le réaliser conforme à nos vœux décisifs et pourtant imprécis. La musique est alors devenue la volonté et la science multipliée par l’inconscience créatrice… Sans la nécessaire interprétation, infailliblement, elle tendrait à supplanter la poésie qui ne connaît pas la même servitude."
C’est un livre de la vie qui est, précisément, "hantise de l’intense devenir", une scène où nous entrons, d’où nous sortons, comme la mer enfle, envahit les rivages, s’en retire au gré des marées, en redessine les contours, en change les perspectives. Joies et peines, échecs et réussites, tout y est inscrit, au passé, au présent porteur d’avenir. Question sans réponse, silence où se love la réponse. Comme les vagues d’une symphonie qui crée, par le rythme, le jaillissement de nos destins. Arabesques… lignes enroulées des dessins arabes, art floral et végétal des chapiteaux corinthiens, celui de nos cathédrales chrétiennes, où s’interpellent les civilisations, symboles de la vie où se succèdent les générations en un fil ininterrompu.

Avant-propos, Simone Rinaud
Algérie Littérature / Action n° 43 – 44, éd. Marsa 2000
Dossier consacré à la peinture de Marcello-Fabri et à son actualité littéraire, son algérianicité, mythologie et symboles, son utopie « Le Grand Plan ».
Par Simone Rinaudo, présidente de l’Association des Amis de Marcello-Fabri.

Les Iles de Marcello-Fabri, édition Santa Maria – 1998
Sélection de textes, poèmes, analyses sur l’ensemble de l’oeuvre. Avant-propos par Simone Rinaudo.