Triptyque, baie d’Alger, 1915, est une grande huile, traitée de manière dite, aujourd’hui, académique.

triptique

Triptyque, baie d’Alger, 1915

Là, nous changeons d’atmosphère, nous ne sommes plus dans le temps fluide de l’humain. Tout est mesure, harmonie, douceur des teintes, dans ce tableau où l’espace et le silence circulent d’abondance autour des arbres en fleurs, tout au long du paysage étalé en trois panneaux. L’encadrement, peint d’un vert de colline, agrandit encore le champ de vision au lieu de le limiter. Nous sommes dans l’art pur de la fresque.

Equilibre entre les jeux des formes des arbres, flèches sombres des cyprès ou courbes larges des cerisiers en fleurs. Leurs troncs ont la même blancheur pâle que celle des fleurs, nuancée de vert ou de rose, tout comme la mer aux irisations d’opale. Les mouvements du terrain épousent les touches d’ocre et de roux. Tout dans ce paysage est intériorisé, dépouillé, indifférent au regard extérieur. Les arbres, les vallons sont tournés vers la mer, au loin.

Une sérénité s’exprime, intemporelle, étrange, difficile à exprimer, parce que nous entrons comme à l’improviste dans un autre temps où l’homme n’a aucune nécessité d’être.

“Le monde sourd-muet a tellement à dire”, écrivait Marcello-Fabri dans le poème “Choses” de Notre-Dame de la Chair.